L'île aux aigles

Romance fantastique sur fond de légende irlandaise (pour tout public)

Résumé

« Qu’est-ce que je fais-là ? » 
Confuse, la jeune femme se réveille sur une plage de Port Blanc. 
Recueillie au manoir Iollan, fief d’une famille d’exilés irlandais, ses nuits sont perturbées par une voix. 
Schizophrénie ? 
Quelques jours plus tard, elle se fait kidnapper sur le chemin du domaine, allongeant ainsi la liste des portées disparues. 
Le maître des lieux, Shane Iollan, son valet et Erwin, le pilote d’un vieux coucou, vont tout mettre en oeuvre pour la retrouver. 


Prologue

« Savoir, c'est se souvenir. »

Aristote

Au loin, mouettes et cormorans accompagnaient, dans un ballet harmonieux, le retour d’un chalutier essoufflé et crachoteux.

Un couple d’employés municipaux peu ordinaire nettoyait l’une des plages de Port Blanc en Bretagne : un cheval de trait gris rouanné tirait une charrette pendant que son meneur, pieds nus, pantalon retroussé jusqu’au-dessus des genoux, marchait à côté de lui, harponnait et balançait dans la carriole les détritus des baigneurs indélicats et les algues refoulées par la marée.

Assise sur le sable imprégné de rosée, les jambes repliées et le menton sur les genoux, une jeune femme observait ce tableau vivant parfumé d’une odeur marine et, contemplative, s’y attardait. Dans ses yeux noirs rivés sur l’immensité bleue, le reflet des vagues ondulait et ses cheveux bruns dansaient au vent.

 « Kié, kié», ce cri ténu et sifflant d’un oiseau détourna son attention. Elle leva la tête. L’ombre imposante d’un aigle royal l’enroba tout entière. Désorientée, elle trouva normale la présence de ce rapace au-dessus des flots, mais pas la sienne sur cette plage.

Qu’est-ce que je fais là ?

Comme tracé au pinceau par un artiste, la ligne d’horizon séparait le ciel et la mer, chamarrés des tons flamboyants du lever de soleil, d’un trait fin et noir. Cependant, l’atmosphère restait fraîche et ne réchauffait pas encore le corps transi de la jeune femme. Elle se leva et regarda sa tenue humide et froissée.

Comment j’ai atterri ici ?

 

 

Extrait du chapitre 3

Shane sourit, mais ne releva pas. Elle n’avait pas tort. En une demi-journée, sa vie se trouvait chamboulée par ce petit brin de femme aux formes parfaites, à l’esprit d’une adolescente perturbée. Il ne la connaissait que depuis ce matin et s’étonna de sa réflexion. Sans doute sa ressemblance avec Aina le poussait-elle à veiller sur elle. Il la suivit des yeux lorsqu’elle se dirigea vers l’enclos d’un poulain et le caressa. L’animal nullement effarouché passa sa tête entre les rondins de bois.

— Pourquoi n’est-il pas avec sa mère ?

— Il est au sevrage. On dirait que Falcon vous aime bien.

— Le sevrage ?

Habituellement, la présentation du haras ne soulevait pas ce genre de questions, car la majeure partie des visiteurs connaissaient parfaitement bien les chevaux. Il répondit pourtant, étonné du plaisir que cela lui procurait.

— Pareil à un enfant à qui l’on donne des aliments solides à la petite cuillère pour remplacer progressivement le biberon, le poulain est séparé de sa mère. Ce qui permet au lait de la jument de se tarir et au poulain d’apprendre à manger l’herbe et les granulés.

Falcon renifla la main tendue et lécha les doigts d’Ailis qui, chatouilleuse, se mit à rire.

À regret, elle s’en écarta pour revenir près de Shane. Elle l’imita, s’adossa à l’arbre et se laissa glisser. Accroupie, elle ferma les yeux et soupira. 

— Ça va ? 


Ambiance